Youssou N'Dour
S'il est bien un artiste, dont la musique mérite l'appellation "world music", pour autant qu'elle veuille encore dire quelque chose, c'est sans aucun doute Youssou N'Dour, seule véritable star planétaire d'origine africaine. Issu d'une longue lignée familiale de griots, le "rossignol de Dakar" fait ses débuts dans la Médina, "quartier chaud réputé pour ses night-clubs et ses bals-poussières", dixit son ami Wasis Diop. De kassaks (cérémonies de circoncision où il accompagne sa grand-mère) en troupe de théâtre, le petit prince de Dakar se fait remarquer dès l'enfance. Après une parenthèse d'à peine deux ans à l'Ecole des arts (pour faire plaisir à son père ferronnier), Youssou fait un passage dans le Diamono, puis dans le fameux Star Band d'Ibra Kassé. A la fin des années 70, il monte son premier groupe, L'Etoile de Dakar, rebaptisé en 1981 le Super Etoile de Dakar, où il explore une fusion afro-occidentale (jazz, soul et rythmes cubains). Invité d'Africa Fête au pavillon Baltard de Nogent, en 1984, sa voix fluide et limpide enchante le public français et séduit Peter Gabriel, qui l'invite à participer à l'album So, ainsi qu'à une tournée. Une longue amitié voit le jour entre les deux artistes et en retour, le fondateur du label Real World lui prête sa voix sur The Lion, premier album à vocation internationale. En mariant les rythmes syncopés du mbalax sénégalais à la pop internationale, le wolof (sa langue natale) à l'anglais, l'alchimiste Youssou N'Dour réussit l'impossible : toucher l'âme occidentale sans trahir pour autant ses racines, il diffuse au Sénégal des albums spécifiques pour le marché africain. Chez lui, au Sénégal, le chanteur est adulé, voire idolâtré. Perçu comme un saint, il règne en homme d'affaires avisé sur un empire, qui compte une structure de production (Saprom), un label (Jololi), un studio d'enregistrement (Xippi), la plus importante usine de duplication de cassettes du pays, sans oublier un groupe de communication (la radio 7FM, le journal 7Weekend) et un club, le Thiossane, où il aime se ressourcer (" un régal, l'endroit que je préfère au monde ", précise-t-il). Force est de reconnaître que Youssou N'Dour n'a pas choisi, comme d'autres, la voie de l'exil et même si la pureté de ses intentions est parfois contestée par ses pairs, il n'empêche qu'il réinvestit une grande partie de sa fortune à Dakar, contribuant ainsi à faire vivre entre cent et deux cent personnes.
Parallèlement à sa carrière d'artiste, le Sénégalais s'implique dans des causes humanitaires. Dès 1988, il participe aux côtés de Bruce Springsteen, Sting, Peter Gabriel et Tracy Chapman à une tournée Amnesty International, organisée pour célébrer le quarantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ambassadeur de l'Unicef, il s'engage pour Mandela, dans l'opération "Tamtam pour l'Ethiopie", les actions de SolEnSi ou Solidarité Sida. La consécration internationale, Youssou N'Dour l'obtient grâce à ses duos avec Sting et surtout Neneh Cherry pour le hit mondial "Seven Seconds" (extrait de l'album The Guide-Wommat, sorti en 1994 et vendu à 1 million d'exemplaires dans le monde), qui l'impose tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Quant à ses textes, ils abordent des thèmes aussi divers que la réalité africaine, la sécheresse, la pauvreté, l'émigration, l'urbanisation, mais aussi l'amour et les valeurs culturelles africaines. Véritable passeur entre l'Afrique et l'occident, trait d'union entre le nord et le sud comme le suggère le bien-nommé Joko-From Village To Town (album sorti en 2000), Youssou N'Dour est un "Africain moderne, qui négocie aujourd'hui un nouveau tournant afro-pop".
Jérôme Sandlarz
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